Notre Dame : itinéraire d’un dilemme architectural

Parmi les nombreuses surprises qu’elle aura réservées, l’année 2024 s’est finalement soldée par la réouverture au public de Notre Dame de Paris. Au-delà d’une prouesse humaine et technique, ne faudrait-il pas – également – voir dans ce chantier un signe de régression ?

15 avril 2019. Peu après l’incendie de la cathédrale, s’est rapidement posée la question des modalités de sa reconstruction. Parmi les interrogations soulevées, le débat public s’est rapidement focalisé sur le choix de reconstruire ou non, à l’identique. 

Si l’architecture est une problématique qui a interrogé jusqu’au sommet de l’Etat (cf les impulsions présidentielles en faveur d’un « geste architectural contemporain»), c’est parce que cet art cristallise de nombreux enjeux aux conséquences d’ordres divers. 

Pour décrire l’architecture, l’écrivain Nathan Devers emploie la belle expression d’ « art-visage », soulignant à cette occasion sa vocation à refléter une époque donnée. Véritable miroir d’une société, elle représente en effet la manière que celle-ci a de se projeter dans l’avenir et d’envisager sa trace dans le dialogue du temps. Les constructions présentes sont des liens qui unissent passé et futur, des transitions pérennes vouées à durer là où l’Homme ne fait que passer.   

Ces observations ainsi formulées, pourquoi avoir alors fait le choix de reconstruire à l’identique ? Quels facteurs ont motivé une telle décision ? Derrière ce renoncement, la réponse implicite apportée à ces interrogations consiste à considérer que notre époque n’avait finalement rien à apporter et à léguer à la postérité. La vérité est d’autant plus criante que Notre Dame est considérée habituellement comme un monument palimpseste ; c’est-à-dire que ses murs ont accueilli des apports à chaque fois que l’occasion s’est présentée, lors des étapes progressives de sa construction. 

Et pourtant… Et pourtant ce n’était pas les projets qui manquaient à l’appel. De l’inclusion de nouveaux vitraux à la poursuite des deux tours de façade (telles qu’imaginées initialement par Viollet-le-Duc soit dit en passant) en passant par les modifications de la flèche, les pistes étaient nombreuses. Si la voie d’une modification n’a finalement pas été retenue ce n’est donc pas tellement du fait de l’absence d’idées ou encore d’une quelconque pression populaire – l’innovation étant génératrice elle-même de son lot de critiques et de Cassandre – mais bien parce que les différents maillons de la chaîne de décision ont renoncé à l’audace. 

Où sont passés Renzo Piano, Le Corbusier et Frank Gehry ? Certes leurs projets auront été loin de faire l’unanimité par le passé mais ceux-ci avaient le mérite d’être clivants. En ce sens, ils apportaient justement quelque chose et bousculaient le consensus. La question n’est pas tant de savoir si cela était esthétiquement réussi ou non (pour cela chacun aura sa propre réponse) mais d’avoir proposé une réponse innovante ; de ce point de vue, force est de constater que cela est réussi. En témoigne, par exemple, le récent article du New-York Times qui met en lumière la Cité Oasis à la Grande Motte. 

Certes les praticiens qui liront cet article auront le réflexe – légitime – de dénoncer le rôle de normes administratives souvent jugées trop lourdes. Même s’il convient probablement de revoir leur importance, il faut aussi souligner que c’est justement le propre de la profession d’architecte et ce qui fait sa beauté, de composer une idée sous la pression de facteurs externes : des contraintes urbanistiques donc, mais aussi un héritage historique ou encore un environnement géographique. 

L’émergence et le succès de figures telles que Jean-Michel Wilmotte, Jean Nouvel ou encore Ora Ito dans l’univers du design, montrent que ce déclinisme n’est pas une fatalité mais qu’il existe un chemin pour renouer avec l’audace malgré les contraintes contemporaines liées à la soutenabilité et au fonctionnalisme. A nous d’effectuer ce choix. 

Nicolas RENAUD, alumnus promotion Malesherbes

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