Par Olympe Silvestre de Sacy –
UNE DOUBLE MISSION : VOUS PRÉSENTER CE QU’ON A ORGANISÉ, VOUS RACONTER CE QU’ON A VÉCU – JURIS’CUP 2024
UNE EXPÉRIENCE À TRADUIRE À L’ÉCRIT
Le pôle « revue » du Collège de Droit a eu l’idée de demander la trace écrite d’une expérience exceptionnelle vécue pour la première fois par des élèves du Collège de Droit. Ceux-ci, en septembre dernier, sont devenus matelots à l’occasion de la Juris’Cup. C’est ainsi que je me retrouve avec la mission de raconter au mieux la façon dont ce projet a été monté grâce à la mobilisation d’élèves organisateurs, notamment Cyriaque Lécuyer, Charles Dardonville, Bérangère Ancelle-Hansen, et Théophile Daubresse. C’est un équipage entier qui s’est montré déterminé à partir, et chacun a donné de quoi mener à bien le projet. Écrire ces lignes alors même que se déroule le Vendée Globe a pu me donner une certaine impression de petitesse, mais pas de place à la dévalorisation : les élèves du Collège de Droit sont devenus de véritables navigateurs.
LA JURIS’CUP, C’EST QUOI ?
La Juris’Cup est une régate incontournable du paysage marseillais : depuis 1991, l’Association Juris’Cup organise, tous les ans en septembre, à Marseille, les « Rencontres Internationales du Droit et de la Plaisance ».
C’est ainsi que chaque année, le Vieux-Port se retrouve transformé en une scène mi-maritime, mi-juridique, où s’entremêlent voiliers et juristes venus des six coins de l’hexagone. Cette année, on n’y comptait pas moins de 130 bateaux et 2 200 participants, ce qui fait de la Juris’Cup la plus grande régate corporative d’Europe. Elle connait un succès fou auprès des grands cabinets d’avocat, des études notariales, ou des entreprises, qui aiment retrouver le monde juridique et ceux qui le composent. La règle de la régate est que les équipages doivent être composés d’au moins 50% de juristes – qu’ils soient avocats, notaires, étudiants en droit, experts en assurances… C’est précisément cette sélection de marins ciblée sur les métiers juridiques qui permet de garder l’authenticité de cette « Coupe de droit ». En fin de compte il suffit d’avoir un pied dans le monde juridique et l’autre sur un ponton pour être embarqué pour ce séjour marseillais.
D’un point de vue plus subjectif, la Juris’Cup n’était pas qu’une question de compétition. En effet la première chose que nous a dit notre skipper quand nous l’avons questionné sur nos chances d’être sur le podium de la catégorie « Grand Surprise » (notre voilier) a été : « ça fait vingt ans que le barreau de Marseille et le barreau de Paris occupent les première et seconde places ». Nous étions « mal barrés », c’est le cas de le dire, pour leur voler la victoire. Pour nous, il s’agissait surtout de vivre l’expérience dans notre peau de novices, en profitant de la Juris’Cup comme une occasion de naviguer en équipage, entre camarades des bancs de La Sorbonne. Bien sûr, nous avions quand même composé un équipage avec une majorité d’élèves expérimentés en voile, et comptions bien nous en sortir avec un bon classement.
Nous avons vite compris que c’était un endroit particulièrement privilégié pour rencontrer des juristes aux métiers variés. Nous nous sommes rapidement sentis immergés dans une atmosphère de juristes avertis, celle que nous connaitrons peut-être plus tard, et nous avons pu établir des relations utiles avec des professionnels de la sphère juridique.
Nous étions les plus jeunes participants, ce qui a souvent attisé la curiosité. Cela avait un côté grisant de montrer que nous avions notre place dans la régate, « du haut » de nos vingt ans environ et de nos deux années de licence de droit au plus. Malgré tout, nous avons beaucoup aimé l’ambiance tout à fait unique des journées et des soirées. Nous avions le sentiment de participer à des retrouvailles de meilleurs amis, à danser lors des soirées dans les tentes montées sur le port ou à discuter dehors avec les juristes, autour de stands offrant nourriture et boissons… c’était tout à fait singulier.
En somme, le cadre que nous avons découvert était celui de la navigation dans sa version la plus idyllique : nous avons traversé des eaux de rêve, visité des lieux mythiques de Marseille, participé à des activités extra-maritimes organisées par la Juris’Cup, et profité des soirées. Et puis le soleil était au rendez-vous et nous a redoré la peau avant la rentrée, porté par le vent sur notre Grand Surprise. Les conditions météorologiques étaient finalement parfaitement à l’image des participants de la Juris’Cup : tous aussi agréables les uns que les autres.
Les dates étaient parfaitement placées pour nous puisque nous rentrions le 16 septembre à l’université, et que la Juris’Cup prenait fin le dimanche 15. Ce n’était toutefois pas de tout repos : nous sommes arrivés, pour les élèves de deuxième année de licence, au cours de lundi matin à 8h15 du Professeur Philippe Stoffel-Munck, après une bonne nuit de sommeil dans le FlixBus Marseille Saint-Charles – Paris Bercy à 6h15 du matin. Je vous l’accorde ce n’était pas le meilleur état de forme physique pour découvrir le droit des contrats, mais la Juris’Cup en valait la peine.
UNE ANNÉE DE PRÉPARATION
Revenons-en à l’année de préparation. Participer à une régate demande un certain nombre d’efforts mais particulièrement celui de trouver les financements nécessaires : de la location du Grand Surprise aux vestes de quart et leur flocage avec les logos de nos sponsors etc.
Nous ne remercierons jamais assez les cabinets Three Crowns, Rivière Avocats et PSM Arbitration, ainsi que la Fondation Paris 1 et le diplôme du Collège de Droit de La Sorbonne pour nous avoir permis de partir vivre cette aventure sudiste. L’organisation a nécessité du temps, mais les prochains étudiants à tenter l’aventure profiteront d’un socle solide. Le Collège de Droit prévoit déjà pour 2025 de partir avec un équipage qui sera réparti en deux bateaux, ouvrant la possibilité à seize collégiens de partir cette fois-ci ! C’est aussi grâce à la Juris’Cup que le Collège de Droit tentera de participer à une autre régate cette année, la Spi Dauphine.
L’ÉQUIPAGE
L’équipage était composé de douze matelots, dont onze élèves qui se sont manifestés au cours de l’année en étant motivés pour participer au projet : Charles Boisbourdin (L2), Bérangère Ancelle-Hansen (L2), Théophile Daubresse (L2), Marguerite de Fontaines (L2), Nicolas Petitjean (L2), Olympe Silvestre de Sacy (L2), Irène Waterlot (L2), Charles Dardonville (L2), Cyriaque Lécuyer (L3), Aurélien de Gmeline (L3), Grégoire Pain (L3). Le dernier à bord était Vaki, un skipper, dont la passion pour la voile était contagieuse et dont les explications claires nous ont permis de hisser les voiles avec assurance. Il a su être à la fois autoritaire, ce qui est la qualité essentielle du chef de bord, et très accessible, ce qui a fait de lui notre ami à bord du Grand Surprise.

CARNET DE BORD
Alors que l’été touchait inexorablement à sa fin, nous nous sommes retrouvés aux portes d’une aventure exceptionnelle, parfaite pour clore la saison tout en renouant avec le monde juridique. Cette Juris’Cup nous permettra d’allier l’excitation provoquée par la voile à la découverte émerveillante de la baie de Sanary-sur-Mer puis de Marseille.
Sanary-sur-Mer, Le Brusc, La-Seyne-sur-Mer – du 9 au 12 septembre 2024
En vérité, nous avons élargi notre aventure à un temps plus long que celui de la Juris’Cup. Nous nous sommes retrouvés dans le Var, répartis entre la maison des grands-parents de Bérangère à La Seyne-sur-Mer et celle de mes parents, au Brusc. Nous avions prévu de séjourner là-bas dans un souci de cohésion d’équipe et d’entrainement. Malheureusement, un rude mistral s’est mis à souffler le 9 au matin. La règle du mistral c’est « 3-6-9 ». Il souffle trois, six ou neuf jours. Nous sommes arrivés dans un vent aux alentours de 40 nœuds, que nous connaitrons, il est vrai, pendant les trois jours précédant la Juris’Cup, rendant toute navigation trop risquée.


Le 9 au soir, nous nous sommes attablés autour d’une succulente soupe au pistou préparée par la grand-mère de Bérangère. C’était génial de se retrouver dans cette ambiance chaleureuse où nous avions l’impression d’être douze petits-enfants à la table de leurs grands-parents, alors que certains d’entre nous ne se connaissaient encore que très peu. Puis le grand-père de Bérangère nous a gentiment raccompagnés jusqu’au Brusc, pour ceux qui dormaient chez Olympe.
Nous décidons alors de nous rassembler tous les jours au Brusc, pour passer un maximum de temps en effectif complet. Nous devons trouver des alternatives à un programme d’entraînement sur l’eau. Théophile, faisant à ce moment-là preuve d’une grande patience, nous donne un cours de voile pratique le matin, n’ayant pas tous navigué auparavant. C’est un cours très utile durant lequel il nous enseigne le vocabulaire qui nous servira trois jours plus tard sur notre Grand Surprise. Après cet enseignement de qualité, il nous est devenu impossible de dire « corde » au lieu de « drisse », ou « manivelle » plutôt que « winch ». C’est notre skipper Vaki, qui sera content deux jours plus tard, que l’on ait appris ça, même si je ne préfère pas, à ce stade de l’article, vous donner notre classement à l’arrivée…
Nous nous sommes évidemment baignés, malgré le vent et les vagues, et sommes même allés à Brutal Beach, une plage qui longe la côte entre Sanary-sur-Mer et Six-Fours-les-Plages. Puis nous en avons profité pour visiter Sanary, son port, ses pointus mythiques, ses hauteurs arborées de pins et ses ruelles aux boutiques charmantes.


Les « lève-tôt » ont profité d’une belle matinée pour gravir le massif du Cap-Sicié sur lequel se tient la chapelle Notre-Dame-du-Mai. Ils ont découvert la splendeur de ce cap avec ses sous-bois et ses falaises qui dominent la mer, offrant une vue absolument saisissante sur les îles d’Hyères et la presqu’île de Giens. Nous nous sommes aussi baladés tous ensemble sur la presqu’île du Gaou, en passant par le port du Brusc. Tous ces recoins et ces vues imprenables, entre Sanary et Le Brusc, nous ont fait beaucoup de bien avant le départ à Marseille, et à force de repas, balades, soirées en équipage, nous avons appris à nous connaître et sommes désormais soudés pour la suite.
C’est le jour du départ à Marseille. Le réveil sonne aux alentours de 6h et nous voilà partis en direction de la gare d’Ollioules-Sanary. Le froid qu’il fait dans le sud est rare pour un début de mois de septembre, mais nos vareuses Le Glazic et nos vestes de quart joliment floquées à l’avant avec le logo de l’Association du Collège de Droit de La Sorbonne, et à l’arrière avec les sponsors, nous tiennent bien chaud.

Marseille, 12 au 15 septembre 2024
Dès notre arrivée, nous avons embarqué à bord du Sochris, notre fier navire, pour les deux journées de navigation prévues. Nous avons rencontré Vaki qui nous a patiemment expliqué tous les détails nécessaires à bord. Nous avons réparti l’équipage sur les deux jours de navigation, samedi et dimanche, car le vendredi le mistral soufflait encore trop pour que les organisateurs ne laissent les régatiers naviguer. Vaki nous a aussi distribué nos postes à bord, et nous avons manipulé les instruments. La simulation nous a permis d’être vraiment prêts pour naviguer, et de bien connaitre le monocoque.
Nous nous sommes beaucoup promenés dans Marseille en équipage, avons pris un verre au Cours Julien, sommes redescendus au port diner, et sommes allés à la première soirée de la Juris’Cup. Nous avons rencontré des bénévoles qui s’occupaient de la logistique de la régate et qui avaient à peu près nos âges, dont le petit-fils du créateur de la Juris’Cup. Nous avons beaucoup discuté avec eux et avons comparé nos vies d’étudiants à Paris ou dans le sud de la France. Certains vont au jardin du Luxembourg après les cours, d’autres à la plage.

Se sont ensuite enchaînés les deux jours de régate qui sont passés à toute vitesse. Ces deux journées étaient exceptionnelles, et le temps merveilleux. Le réveil était à chaque fois difficile car matinal, mais une fois le petit-déjeuner au port avec tous les équipages pris, la motivation pour partir au large était à son comble. Les conditions étaient idéales pour naviguer. Les sensations sur le Grand Surprise n’étaient pas moindres et un certain nombre de virements de bord a été nécessaire. Nous étions alors pratiquement à la perpendiculaire comme sur la photo ci-dessous.


Ceux qui ne naviguaient pas le samedi en ont profité pour aller à Notre-Dame de la Garde, puis pour participer à un concours de pétanque organisé par la Juris’Cup, qui était drôle et convivial. L’ambiance était propice à la rencontre des juristes, car les équipes étaient composées au hasard.

Les visites de Marseille pendant le temps libre que nous avions étaient très enrichissantes. Nous avons même retrouvé le Professeur Philippe Stoffel-Munck un soir de coucher de soleil magnifique, et nous sommes baladés dans le Jardin du Pharo avec lui. Nous avons profité d’une splendide vue sur Marseille et ses bâtisses. Puis s’en est suivie une très belle dernière soirée de la Juris’Cup reçue dans une salle superbe avec un dîner grandiose servi, et un temps de danse sur une grande piste de danse avec un DJ. C’était génial. Nous sommes arrivés 14ème sur 19 de la catégorie Grand Surprises, et en réalité 14ème sur 21, car peu après le départ, deux bateaux sont entrés en collision. Le classement ne nous a en rien déçus pour une première participation. Nous attendons toutefois les prochains participants au tournant pour septembre 2025 pour recommencer cette régate magique, qui a embelli notre fin d’été et nous a remotivés avant la rentrée.


Merci au Collège de Droit de nous permettre de vivre de tels moments,
Merci à la merveilleuse association qu’est la Juris’Cup,
Merci Cyriaque d’avoir porté le projet,
Merci Vaki pour ta présence essentielle,
Et… à l’année prochaine.
Olympe Silvestre de Sacy
