Rencontre avec Mikaël Benillouche, auteur de « How to get away with … le droit pénal »

A l’occasion de sa rentrée, la Revue du Collège de Droit a eu le privilège de rencontrer Mikaël Benillouche. Retour sur le parcours d’un avocat et maître de conférence à l’humanité remarquable, autour des rencontres qui ont marqué son cheminement jusqu’à How to get away with… le droit pénal.

Comment s’est imposé à vous le choix des études de droit ? Était-ce par hasard ou un choix mûrement réfléchi ?

« Issu d’un bac scientifique, j’étais un peu perdu et j’hésitais entre droit et communication. Mes premiers mois d’étudiant en droit ont été assez pénibles. Je ne voyais pas l’intérêt des cours proposés et le manque d’encadrement me pesait… « 

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Quel souvenir gardez-vous de la faculté et des enseignements proposés ?

« Je garde un souvenir qui a été la source de ma vocation. Un choc ! Mon premier cours avec le Professeur Pierre Delvolvé. Il s’agissait de droit administratif et j’ai trouvé le personnage incroyable, improbable et fascinant. Il venait, sans notes, debout face à son public et était passionnant. Un jour, il a interrompu son cours avant la fin prétextant que nous étions dissipés. Qu’allait-il se passer au cours suivant ? Il est arrivé, l’air grave, et a énoncé « Chers étudiants, lors du dernier cours, vous étiez insupportables alors je tiens, aujourd’hui…à vous présenter mes excuses ». L’audience était médusée. Il a continué « Oui, je vous présente mes excuses, je n’ai pas su vous captiver. C’est de ma faute, je vais tenter de me reprendre ». Le cours a été simplement exceptionnel et s’est terminé par une ovation… »  

Vous avez suivi un cursus jusqu’en Master 1 à Assas avant d’opter pour le M2 (autrefois DEA) de droit pénal et politique criminelle en Europe alors dirigé par le professeur Mireille Delmas-Marty, comment s’est imposé ce choix de master ?

« A l’époque, deux enseignants me fascinaient par leurs réputations respectives : Mireille Delmas-Marty et Bernard Bouloc.

Mireille Delmas-Marty est extrêmement brillante, ses cours conduisent directement à la réflexion. Je notais les références philosophiques et historiques, j’essayais d’approfondir, je me heurtais parfois à mes propres limites ; c’était un nouvel éveil intellectuel.

Bernard Bouloc semblait toujours « facile » en cours. Il expliquait les choses simplement et finalement tout paraissait évident. A titre d’exemple, comprendre les nullités de l’instruction est délicat. Il pouvait l’expliquer en 15 minutes ou en 4 heures selon le niveau de compréhension voulu. Il m’a appris que pour enseigner il faut s’adapter à son public, non l’inverse. Mireille Delmas-Marty a dirigé ma thèse et j’ai été chargé de travaux dirigés de Bernard Bouloc. J’ai même réussi à les réunir dans mon jury de thèse.

Ensuite, je voulais faire du droit comparé, j’en étais avide et seul ce master le proposait. Souvent, les droits étrangers sont cités en exemple alors même qu’ils ont parfois aussi de nombreux défauts et des incohérences. Cette réflexion m’a conduit d’ailleurs à faire une thèse en droit comparé entre la France et l’Angleterre, qui m’a beaucoup enrichi. »

Pourquoi avoir choisi de vous tourner vers l’enseignement en plus de l’avocature ?

« En droit pénal, les deux sont, à mon sens, totalement complémentaires. L’enseignement n’a jamais été un choix mais une vocation. L’avocature correspondait quant à elle à la nécessité de concrétiser les enseignements juridiques. Une histoire terrible me mène à expliquer ce qui m’a conduit non seulement à poursuivre l’enseignement mais aussi à créer Sup Barreau pour aider à la préparation du CRFPA.

La loi du 24 novembre 2009 crée le poste d’assesseur en commission de discipline en maison d’arrêt. J’ai immédiatement postulé à la maison d’arrêt d’Amiens (je suis Maître de conférences sur place) faisant valoir mon intérêt ainsi que mes compétences en la matière. L’assesseur a un rôle consultatif pour la peine. J’ai donc ainsi côtoyé des détenus pendant plusieurs mois, entendu leurs avocats lorsqu’ils étaient présents, puis discuté, négocié avec les autres membres de la commission pour trouver la peine idoine, ce n’était jamais simple. Lors d’une audience, j’étais passablement fatigué, un détenu s’est présenté non représenté et a écopé, à juste titre, d’une peine d’isolement en quartier disciplinaire. A l’issue de cette journée, je suis rentré chez moi avec un goût d’inachevé. La fois suivante, j’ai appris son suicide qui m’a conduit à la démission. Je n’avais pas rempli mon rôle. Disons plutôt que je crois que nous n’avions pas rempli notre rôle. Alors j’ai réfléchi. Je pense que mon rôle est de créer une « armada » de pénalistes pour faire irradier les droits partout où ils sont bafoués, méconnus ou maltraités. Bien défendu, ce détenu aurait peut-être survécu… »     

Vous publiez aussi bien des ouvrages universitaires que des ouvrages plus « légers »en matière de sujets abordés.  Est-ce que l’un de ces exercices intellectuels vous plaît un peu plus que l’autre et si oui pourquoi ?

« Les ouvrages universitaires sont un indispensable outil pédagogique. Chacun de mes étudiants doit pouvoir accéder au contenu intégral du cours avec toutes les références. Selon moi, le cours oral sert à autre chose. Il permet d’approfondir, d’illustrer et de débattre. Il faut également s’adapter à l’évolution des besoins des étudiants et trouver de nouveaux formats parfois plus courts, parfois plus denses pour être accessibles à toutes les bourses, mais aussi à tous les besoins.

Concernant les ouvrages plus légers. Tout d’abord, je revendique le retrait des guillemets sur cette expression. Initialement, sur mon blog, je m’expliquais sur ma volonté de vulgariser le droit, mais en réalité, il s’agit de le démocratiser. J’ai toujours donné un cours vivant durant lequel je me ballade dans l’amphi et prends des exemples issus de l’actualité ou de séries télévisées. Une année, j’ai constaté que l’amphi était moins réceptif. A la fin du cours, je suis resté alors plus longtemps afin de discuter avec quelques étudiants qui m’ont avouer ne pas connaître mes références. Je leur ai demandé ce qu’ils regardaient. Ils s’intéressaient à la série Murder ; le soir même j’ai dévoré plusieurs épisodes. Ensuite, lors de chaque cours, j’ai commencé à me référer à la série et j’ai constaté que mon amphi se remplissait au point de déborder. Ce souhait pédagogique est similaire pour des non-juristes qui ont une soif de comprendre le droit . Il en a été de même concernant ma chaîne YouTube. J’adore écrire de tels ouvrages, ils permettent de se confronter, d’échanger avec un nouveau public et donc de s’enrichir !  « 

Avez-vous toujours aimé écrire ?

« J’adore écrire. Lorsque j’écris, je mets des mots sur des émotions, des pensées, ce qui est essentiel pour moi. Jeune, un livre d’une violence inouïe m’avait particulièrement bouleversé : Pas un jour sans une ligne de Philippe Léotard. Par ailleurs, je me suis rendu compte qu’en écrivant, l’auteur tend la main sans savoir qui va la saisir. C’est troublant et enthousiasmant à la fois. « 

Comment s’est imposé le choix de prendre pour modèle la série Murder par rapport à d’autres séries télévisées ?

« Annalise Keating, l’héroïne est une femme noire qui est avocate et enseignante. Elle est également alcoolique, certainement dépressive et meurtrière.

Je m’identifie. Attention, je m’explique car une série est un miroir grossissant de la réalité. Je suis un être sensible avec des failles et suis également victime de certains préjugés. Longtemps, j’ai cru qu’il fallait s’exprimer à travers le combat permanent. Le combat contre autrui d’une pour prouver qu’on est comme les autres, le combat contre soi-même pour se prouver qu’on peut être meilleur et le combat contre les préjugés pour essayer d’inculquer un peu de tolérance. Finalement, je ressens qu’il s’agit davantage aujourd’hui d’exister tout simplement et c’est ce en quoi cette série me plaît. Cette série est dense car les personnages sont complexes, le bien et le mal sont des concepts relatifs. Les adeptes de la série, dont je suis, s’identifient aux personnages en raison de leurs diversités et leurs failles. Ils nous sont accessibles, ils sont presque familiers. En définitive la série s’est imposée parce qu’elle nous ressemble et rassemble. »

Avez-vous d’autres projets d’analyse de séries ou films dans le même esprit ?

« Je n’ai pas encore eu le déclic, mais j’ai une idée. J’aimerai co-écrire un ouvrage avec un étudiant récemment diplômé sous la forme d’un dialogue. Vous voyez les films (je précise bien les films) L’arme fatale avec Mel Gibson et Dany Glover ? Il y a un écart générationnel qui me semble justement apporter cette note d’humour et d’incompréhension susceptible d’inspirer. »

Avez-vous une dernière phrase à adresser à nos lecteurs pour les inciter à lire votre dernier ouvrage ?

« Ce livre est plein de jolies choses et de pensées noires, d’ombres et de lumières, d’espoirs et de tristesses. J’espère que vous aurez autant de plaisir à le lire que j’en ai eu à l’écrire ! »

La revue du Collège de Droit remercie vivement Mikaël Benillouche pour sa confiance. Deux exemplaires de How to get away with… le droit pénal sont à gagner via le concours sur notre page Instagram : @cddsorbonne.

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