Sommet de l’OTAN : quel bilan des 70 ans d’alliance ?

« L’OTAN est en état de mort cérébrale » affirmait le Président français dans un entretien accordé à l’hebdomadaire The Economist le 7 novembre dernier. Cette remarque qui n’est pas passée auprès des autres États membres fait ainsi resurgir les divergences qui existent au sein de cette organisation. A l’occasion du sommet de l’OTAN ce mardi, le Courrier du Collège revient sur ses antagonismes. 

L’organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) est fondée le 4 avril 1949 par la signature du Traité de Washington par douze Etats : Belgique, Canada, Danemark, Etats-Unis, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal et Royaume-Uni. Ils seront suivis en 1955 par la république fédérale d’Allemagne. Aujourd’hui l’organisation compte vingt-neuf membres, avec comme secrétaire général, le norvégien Jens Stoltenberg. 

Les élargissements progressifs de l’OTAN en Europe ©wikicommons

Un objectif initial clair : « Maintenir les Russes dehors, les Américains dedans et les Allemands en dessous ».

La finalité de ce traité,  s’inscrivant dans une politique multilatérale, était de contrer l’influence de l’URSS en Europe. En effet, les années 40 marquent le début de la guerre froide, la doctrine Truman de 1947 prône un blocage des différentes politiques économiques, militaires mais aussi culturelles de l’URSS : il faut unir le bloc de l’Ouest contre le bloc de l’Est. Le but initial de l’OTAN peut ainsi être résumé à travers la phrase de son premier secrétaire général, le britannique Hastings Lionel Ismay : « maintenir les Russes dehors, les Américains dedans et les Allemands en dessous ». Au fil des années, l’OTAN a cependant su s’adapter aux nouveaux enjeux géopolitiques et stratégiques à travers une redéfinition large de ses missions comme la lutte contre le terrorisme ou encore la gestion de crise humanitaire avec notamment le tremblement de terre au Pakistan ayant fait 80 000 morts en 2005. Néanmoins la coopération militaire, le maintien de la paix et de l’État de droit demeurent aujourd’hui des missions primordiales pour l’OTAN

À gauche, document de 1952 rendant publique la nomination d’Ismay (à droite) comme secrétaire général de l’organisation ©nato.int

L’Alliance-transatlantique : instituée comme réponse face aux défis majeurs du monde contemporain 

Il y a 70 ans, l’apport majeur de ce traité était le système de défense collective, inscrit à l’article 5 dudit texte. Ce système permet à l’organisation d’engager des opérations militaires lorsqu’un des États membres est attaqué. Un tel dispositif ne fut qu’appliqué qu’une seule fois, a la suite des attenants de 11 septembre 2001. Ainsi une vaste opération « Active Endeavour » fut mise en place pour permettre la surveillance aérienne des Etats-Unis mais aussi l’anéantissement de groupes terroristes à travers une surveillance renforcée du transport maritime permettant l’interpellation de plus de 128 000 navires marchands en Méditerranée. Plus récemment, le principal engagement de l’Alliance Atlantique s’est matérialisé en Afghanistan, à travers la mission non combattante « Resolute Support » qui a mobilisé en 2015 près de 17 000 hommes avec les États-Unis, l’Allemagne et la Turquie comme contributeurs majeurs. Néanmoins, ces opérations qui démontrent une coopération certaine entre les Etats membres doit être nuancée au regard des tensions et désaccords qui persistent au sein de l’Alliance. 

Une organisation face à des divergences internes et à des défis internationaux. 

Cette vieille dame de 70 ans est considérée par certains comme à bout de souffle, inadaptée dans un contexte où l’unilatéralisme fait son grand retour avec comme figure de proue le président américain Donald Trump. Ce dernier voulait faire payer aux États européens membres davantage du fait de la protection que la première puissance mondiale leur offre. C’est la politique du « burden sharing » selon le président américain : partageons le fardeau ! L’administration de Trump impose alors aux membres de consacrer 2% de leur budget à la défense pour l’Otan. 

Les divergences ne sont pas qu’économiques, loin de là, elles sont aussi géopolitiques. La « menace » russe est perçue comme grandissante selon les membres de l’organisation. Vladimir Poutine affiche une politique hostile vis-à-vis de toute forme d’organisation dont il n’est pas membre et qui réduirait l’influence qu’il s’acharne a développer. Les exercices militaires russes en Sibérie orientale, « Vostok 2018 », avec la Chine et la Turquie invitées, l’annexion de la Crimée en 2014 ou plus récemment l’achat en 2019 par la Turquie, membre important de l’Otan, de missiles russes S-400, sont autant de camouflets que l’organisation doit encaisser. 

Quant à la Chine, « L’Empire Céleste » est une préoccupation pour l’organisation, avec sa politique d’expansion militaire, de rachats de ports pour reconstituer la Route de la Soie ou encore le développement de nouvelles technologies, notamment dans le domaine des télécommunications. En effet, Huawei est accusé par les États-Unis de vouloir mettre en place un système de surveillance électronique à travers ses téléphones mais aussi dans l’installation du réseau 5G.

Une organisation en perte de vitesse ? 

L’anniversaire des 70 ans de l’Alliance Atlantique a été célébré discrètement les 3 et 4 avril 2019, non pas en présence des chefs d’Etats mais des ministres des affaires étrangères qui ont dû montrer leur unité face à des dissensions internes non négligeables.

Encore plus récemment, Emmanuel Macron, Président français a déclaré dans un entretien accordé au journal The Economist que l’OTAN est « en état de mort cérébrale ». Selon lui il faut que l’Europe développe une nouvelle stratégie pour sa défense commune. Ce qui lui a valu les foudres d’Angela Merkel mais aussi du Secrétaire général de l’OTAN, qui dénoncent des propos trop durs et ne traduisant pas la réalité. Ces propos d’Emmanuel Macron ont pour conséquence de tendre les relations entre les membres. D’autant plus que les rapports entre la France et l’organisation n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille : en 1966 le général de Gaulle décide que la France va quitter l’organisation militaire intégrée, pour affirmer son indépendance vis-à-vis des États-Unis. Elle ne l’a réintégrera qu’en 2009 sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Le sommet organisé ce mardi et prolongé demain sera l’occasion de clarifier la situation et de lever les ambiguïtés pour permettre à une organisation, semblant se fissurer sur certains points, de se regrouper pour mieux appréhender les défis futurs et se renforcer. Nul doute que l’élection présidentielle américaine de 2020 aura un effet significatif sur la trajectoire de l’OTAN en fonction du locataire de la Maison Blanche.

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